Études de lexicologie arabe


Avertissement

 

Cette étude, entreprise il y a déjà quelques années, avait atteint l'été dernier un état que je croyais enfin publiable. Au cours des mois passés, à l’occasion d’autres recherches, j'ai fait de nouvelles observations qui m'ont amené à repenser ce sujet, important pour les diverses questions qu’il soulève et notamment celle du statut des glides parmi les autres phonèmes.

 

Placé devant le dilemme de publier cette étude en l’état dès maintenant ou d’en différer la publication, j’ai finalement opté pour la publier mais en affectant le titre du numéro « 1 ». J’ai en effet le projet de revisiter cette étude et de vous en proposer dans quelque temps une deuxième version. Certains d’entre vous pourront trouver intéressant de comparer les deux approches.


Racines et vocables uniconsonantiques de l’arabe classique (1)

 

 

Inventaire et hypothèses étymologiques

 

 

Introduction

 

 

Dans la Théorie des Matrices et Étymons (TME) de Georges Bohas(1), une famille lexicale se caractérise par la présence, au sein de chacune des racines qui la composent, d’un “étymon” bilitère de type {C1,C2} porteur d’une charge sémantique commune à toutes ces racines. La troisième consonne d’une racine trilitère a le statut de crément – préfixe, suffixe ou infixe – et la place des consonnes n’est ni fixe ni ordonnée. Les glides n’étant pas considérés comme des radicales mais comme des extenseurs, le nombre d’étymons théoriques est de (26 x (26 -1)): 2 = 325, mais pour des raisons phonétiques, tous ne sont pas réalisés(2).

 

Si, dans une racine donnée, le nombre de consonne se limite à deux, cela permet de connaître immédiatement l’étymon de la dite racine. En revanche, la présence d’une unique consonne C dans certaines racines pose forcément le problème de la nature de leur étymon, car Bohas exclut qu’il puisse exister des étymons uniconsonantiques. Ces racines problématiques se répartissent selon les types suivants :

 

– les sourdes dont l’autre composant est un glide des types Cgg et gCC : جوّ ǧaww, وزّ wazz, etc.

– les trilitères à deux glides, des types Cwy et wCy : قوي qawiya, وادٍ wādin, etc.

– les trilitères à glide médian de type CgC : بيب bīb, دود dūd, etc.

– les quadrilitères des types CgCg et gCgC : زوزى zawzā, وسوس waswasa, etc.

 

auxquels s’ajoutent quelques raretés de type CCC, quelques bilitères particuliers comme يد yad main, فو fū / فا fā / في fī bouche, et la plupart des interjections(3).

 

Dans les vingt-six chapitres de la présente étude – un chapitre par consonne de base – nous avons inventorié ces racines et les vocables isolés présents dans le dictionnaire de Kazimirski auxquels, étant donnée leur morphologie, il était impossible d’attribuer d’emblée un étymon. Dans la plupart des chapitres, les items répertoriés se répartissent en deux grands ensembles :

 

1. L’ensemble des items qu’il semble possible de faire dériver d’un cri ou d’une onomatopée elle-même issue d’un cri ou d’un bruit(4). La plupart des cris sont des types “waC !” ou “Caw !” et les verbes d’origine onomatopéique des types waCwaCa ou CawCawa. Les cris sont des dire de faire plus ou moins impératifs adressés par un locuteur A à un destinataire B. Ces demandes, ordres, prières, etc. sont divers : marcher plus vite, aller, revenir, venir à l’aide, etc. Les deux fonctions des verbes sont

– informer une tierce personne C que A pousse tel ou tel cri à l’adresse de B ;

– décrire pour C l’action de B provoquée par ce cri de A.

Souvent le verbe a conservé ce double sémantisme. Parfois seule l’une des deux fonctions perdure sous la forme initiale ; l’autre a disparu mais il arrive qu’elle ait laissé une trace repérable sous une forme altérée par apocope ou aphérèse. C’est du moins l’hypothèse que nous faisons.

 

2. L’ensemble des items qui présentent avec une ou plusieurs racines à étymon identifié une proximité morphosémantique telle qu’il semble légitime de les considérer comme des doublets de ces racines, ou comme apparentés à ces racines. Dans ces items, le glide apparait comme un clair substitut d’un des composants de l’étymon ; comme on pouvait s’y attendre, c’est souvent avec une hamza que le glide alterne, mais pas seulement.

 

Nous ne nous sommes pas aventuré dans des explications phonétiques qui doivent exister : assimilations, mutations, amuïssements et autres altérations en tous genres ont certainement affecté le lexique arabe au fil des siècles comme elles l’ont fait à tous les lexiques depuis la nuit des temps. Peut-être une telle recherche pourra-t-elle un jour être entreprise. En attendant, il nous a semblé utile de réaliser ce travail prépatoire en suggérant des rapprochements morphosémantiques plausibles, faute de pouvoir en garantir la réalité ni d’en écrire l’histoire.

 

3. Un reliquat se compose

– de quelques vieux mots primitifs,

– de quelques termes techniques à l’origine obscure,

– de quelques emprunts avérés à l’iranien ou à l’ancien égyptien, voire au sumérien,

– de quelques items que nous laissons à regret sans la moindre explication,

et aussi d’un certain nombre de racines difficilement intégrables à l’un ou l’autre des deux grands ensembles vus plus haut, et pour lesquelles nous avons été amené à envisager l’existence d’étymons dans lesquels un glide – certes semi-voyelle ou semi-consonne, mais justement un peu consonne tout de même – pourrait peut-être entrer de plein droit comme deuxième composant(5), dans le cas où Bohas en accepterait la possibilité. Observons déjà ces quelques interjections sans consonne :

 

وا wā Ah ! Oh !

وي way interjection d’admiration ou d’étonnement,

يا yā particule d’interpellation

 

Ces particules exclamatives fournissent à elles seules la preuve de la nature occasionnellement consonantique des glides ; sans ce support, du point de vue de la phonétique arabe, la voyelle ā et la diphtongue ay seraient imprononçables. 

 

 

Notes :

1. Exposée notamment dans Bohas 1997.

2. Voir liste et numérotation des étymons dans B&B = Bohas G., Bachmar K., 2013.

3. Nous avons volontairement exclu les mots grammaticaux de notre corpus d’étude.

4. Cf. la thèse de Mustafa Alloush, dont la démarche nous a été très utile.

5. Cf. le mémoire de DEA de Mohamed El-Filali, p. 37 à 55.


أ – 1 Chapitre de la hamza

 

 

 1. Liste alphabétique

 

آوٍ ’āwin, آوِ ’āwi, أوِّ ’awwi “Ô malheur !” – أوّة ’uwwa malheur, calamité

أوى ’awā se retirer quelque part pour s’y abriter ou y passer la nuit ; donner l’hospitalité à qqn – أوي ’awiya être ému, éprouver une émotion de pitié de compassion, de tendresse pour qqn – مأوًى ma’wan, مأوٍ ma’win, مأواء ma’wā’ demeure, habitation

أي ’ay c’est à dire – آية ’āya signe

أي ’ay “Hé !”

أيّ ’ayyu “O !”

وأى wa’ā promettre une chose ; faire des menaces ; garantir, assurer – VI. se réunir, se rassembler

وأي wa’y opinion, avis ; nombre, un certain nombre ; animal fort, robuste à la course et d’une belle conformation du corps

وأية wa’ya marmite ou écuelle d’une grande capacité

وئيّة wa’iyya sac grand, d’une grande capacité ; grande marmite ou grande écuelle ; qui a un gros ventre (chamelle) ; femme bonne ménagère ; perle

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

آوٍ ’āwin, آوِ ’āwi, أوِّ ’awwi “Ô malheur !” • أوّة ’uwwa malheur, calamité

أوي ’awiya être ému, éprouver une émotion de pitié de compassion, de tendresse pour qqn

 

Données complémentaires :

 

أاه ’āh interjection de douleur (+ variantes, voir Kazimirski I, p. 71)

أه ’ah exclamation de douleur (+ variantes, voir Kazimirski I, p. 65)

آه ’āha s’écrier, gémir – آهة ’āha gémissement, plainte, lamentation ; malheur

أهّ ’ahha gémir, soupirer – أهّة ’ahha tristesse, douleur ; malheur

 

Nous retrouverons les mêmes données complémentaires en "26, Chapitre du h".

Le lexique des items, comme celui des données complémentaires, dérive clairement des interjections.

 

NB : On voit que la place logique du verbe أوي ’awiya est celle que nous lui donnons ici, car ce mot est à l’évidence sans rapport avec أوى ’awā sous lequel il est généralement placé.

 

أوى ’awā se retirer quelque part pour s’y abriter ou y passer la nuit ; donner l’hospitalité à qqn – مأوًى ma’wan, مأوٍ ma’win, مأواء ma’wā’ demeure, habitation

 

Données complémentaires :

 

أتى ’atā venir chez qqn

باء bā’a – II. faire halte – IV. donner l’hospitalité à qqn

بوى bawā s’arrêter, faire halte dans un endroit

ثوى ṯawā faire halte, s’arrêter dans un lieu ; accueillir qqn chez soi, lui donner l’hospitalité – مثوى maṯwā demeure, habitation

وأل wa’ala se réfugier chez qqn

وعل wa‛ala – X. se réfugier, se retirer chez qqn

وعي wa‛y refuge, action d’échapper à qqch

وفى wafā venir dans un pays – IV. venir chez qqn – V. recevoir chez soi l’homme qui meurt

 

Nous ne voyons ni cris ni onomatopées susceptibles d’être à l’origine de ce verbe أوى ’awā, qui n’est certainement pas non plus un emprunt. Parmi les quelques parasynonymes de أوى ’awā ayant une hamza et un glide, ou deux glides, les plus proches par la forme sont بوى bawā et ثوى ṯawā – que nous retrouverons plus loin – mais cela ne nous met guère sur la voie d’un étymon commun, sauf à considérer exceptionnellement la séquence WY comme porteuse de sens. Peut-être cet item a-t-il un rapport avec le dialectal wayyā avec. (DRS, fasc. 6, p. 533, WYY.)

 

وأى wa’ā.1 – VI. se réunir, se rassembler

 

L’item semble être une variante de وعى wa‛ā rassembler, réunir par l’amuïssement du ‛ayn. (Voir ce mot en "18, Chapitre du ‛ayn".)

 

وأي wa’y.1 opinion, avis

 

L’item semble être une variante de رأي ra’y par l’amuïssement du r ; auquel cas son étymon serait donc {’,r}.

 

وأي wa’y.2 nombre, un certain nombre

وأي wa’y.3 animal fort, robuste à la course et d’une belle conformation du corps

وأية wa’ya marmite ou écuelle d’une grande capacité

 

et aussi

 

وئيّة wa’iyya.1 sac grand, d’une grande capacité ; grande marmite ou grande écuelle

 

Variante de ونية wanya sac ? (Voir "25, Chapitre du n").

 

وئيّة wa’iyya.2 perle

 

Variante de ونية wanya et وهيّة wahiyya perle ? (Voir "25 et 26, Chapitres du n et du h").

 

وئيّة wa’iyya.3 femme bonne ménagère

 

Métaphore de la perle ? Tous ces mots pourraient éventuellement être issus d’une exclamation exprimant l’importance du nombre, de la taille ou de la valeur. L’interrogatif arabe أيّ ’ayy, comme beaucoup d’interrogatifs dans d’autres langues, a pu prendre une valeur exclamative mais cette valeur aura disparu. Il n’en reste comme trace que les interjections du vocatif : يا yā, أيّ ’ayyu et أيّها ’ayyuhā (Cf. français familier Waou !)

 

 

3. Mots pour lesquels nous n’avons pas d’explication

 

أي ’ay c’est à dire – آية ’āya signe

 

Curieusement, alors que forme et sens nous invitent à considérer ces deux mots comme aussi liés l’un à l’autre que le sont عنى ‛anā i signifier et يعني ya‛nī c’est à dire, personne ne les rapproche, ni Kazimirski, ni le DRS(6) de Cohen et alii, ni Jeffery pour qui آية ’āya doit être un emprunt au syriaque ou à l’araméen (p. 72). C’est possible, car nous ne voyons en arabe ni cri ni onomatopée susceptible d’être à leur origine. Même un lointain rapport avec les interjections أي ’ay Hé ! et أيّ ’ayyu O ! est difficile à imaginer.

 

وأى wa’ā.2 promettre une chose ; faire des menaces ; garantir, assurer

 

Nous ne voyons ni cri ni onomatopée susceptible d’être à l’origine de ce verbe. Il est évidemment tentant de le rapprocher de son synonyme وعد wa‛ada, mais il faudrait admettre deux altérations pour les rapprocher formellement. Même en tenant compte d’un vieux lien entre la hamza et le ‛ayn dont l’écriture conserve la trace, il ne reste guère qu’une vague paronymie, ce qui est bien peu.

 

 

Notes :

6. Dictionnaire des racines sémitiques.


ب – 2 Chapitre du b

 

 

 1. Liste alphabétique

 

باب bāb porte – باب bāba servir comme portier ; creuser un trou en terre

ببّ babb genre, espèce ; manière, façon ; jeune garçon gros et gras – ببّة babba balbutiement d’un enfant, premiers essais qu’un enfant fait pour parler ; jeune garçon gros et gras ; imbécile

بوباة bawbā désert

بوّ baww sot, stupide ; petit de chameau ; mannequin de chamelon présenté à la chamelle laitière

بوى bawā imiter, suivre qqn ; s’arrêter, faire halte dans un endroit – بوًى bawan action de s’attacher à qqn et de suivre son parti ; espoir ; peine, souffrance ; passion, désir ou aversion ; disposition naturelle

بيب bīb canal, conduit d’eau ou ruisseau par lequel l’eau sort d’une citerne(7)

وبّ wabba se disposer (à attaquer)

وبوب wabwaba se disposer (à attaquer)

وبيّ wabiyy qui ne profite pas (aliment)

ويب wayb “Malheur !” particule de commisération

ويبة wayba nom de mesure de substances sèches

يباب yabāb désert

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

باب bāb porte – باب bāba servir comme portier ; creuser un trou en terre

بيب bīb canal, conduit d’eau ou ruisseau par lequel l’eau sort d’une citerne

ببّ babb.1 manière, façon ; genre, espèce

 

Données complémentaires :

 

إبابة ’ibāba manière de vivre ou de se conduire, vie, conduite

وأبة wa’ba creux, cavité dans un rocher

 

Le DRS, fascicule 2, p. 50, donne à nos deux premières vedettes des cognats dans diverses langues sémitiques mais les traite sous deux entrées différentes : BWB et BW/YB. Nous n’en voyons pas la nécessité : portes, canaux, trous, et conduits sont autant d’ouvertures pratiquées dans un mur ou la terre pour laisser passer choses et gens, air et liquides.

Quant à ببّ babb.1, il nous semble avoir ici toute sa place si l’on se réfère aux sens propres et figurés des mots français conduite et anglais way.

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {’,b}.

 

ببّ babb.2 jeune garçon gros et gras – ببّة babba balbutiement d’un enfant, premiers essais qu’un enfant fait pour parler ; jeune garçon gros et gras ; imbécile

بوّ baww sot, stupide ; petit de chameau ; mannequin de chamelon présenté à la chamelle laitière

 

Données complémentaires :

 

بوه būh sot, stupide

هباء habā’ homme d’un esprit borné et faible

هبيّ habayy petit garçon

هوب hawb un sot bavard

 

Le DRS, fascicule 2, p. 51, BWW/Y, ne donne pas le sens de sot et associe le mot au verbe بوى bawā imiter. Une telle association conviendrait à la rigueur pour désigner le mannequin, imitation du chamelon, mais elle ne convient pas pour désigner la sottise. La sottise est l’un des sémantismes donnés par Bohas et Bachmar (Désormais B&B), p. 50, pour l’étymon nº 49 {b,h}. Or la sottise est souvent liée soit à l’incapacité à s’exprimer oralement, soit à la petite enfance dont elle est une des caractéristiques (cf. latin in-fans “qui ne parle pas”). C’est par cette caractéristique que les trois sens de l’item sont liés.

 

Notre hypothèse : بوّ baww résulte soit de بوه būh par assimilation du h, soit d’une forme بوبو *būbū plus ancienne mais disparue. Les items ببّ babb.2 et ببّة babba relèvent d’ailleurs du même type de formations expressives que les formations françaises de structure consonantique bb (ou bv) suggérant les notions de mouvement des lèvres, de petit enfant ou de sottise : babiller, babine, bébé, bambin, bave, baveux, bavard, etc.(8) (Cf. aussi angl. boob, booby, de l’espagnol bobo, même sens).

 

بوى bawā.1 imiter, suivre qqn – بوًى bawan action de s’attacher à qqn et de suivre son parti ; disposition naturelle

 

Données complémentaires :

 

بهأ baha’a s’habituer à qqn

وهب wahaba – IV. rester à qqn et être à lui pour toujours

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {b,h}.

 

بوى bawā.2 s’arrêter, faire halte dans un endroit

 

Donnée complémentaire :

 

باء bā’a – II. faire halte

 

Proximité morphosémantique claire. Voir aussi plus haut ce que nous avons dit de أوى ’awā, même sens.

 

ويب wayb “Malheur !” particule de commisération

بوًى bawan espoir ; peine, souffrance ; passion, désir ou aversion

 

Ces acceptions de بوًى bawan, sans rapport avec les sens des verbes homonymes vus plus haut, nous incitent à penser qu’elles sont peut-être la trace d’un verbe بوى *bawā.3 disparu, mais apparenté à l’interjection ويب wayb (cf. français bah !), comme ces verbes de sentiments que nous avons rencontrés en "1, Chapitre de la hamza", ou comme هوى hawā que nous trouverons en "26, Chapitre du h".

 

NB : Nous avançons plus loin l’idée que les deux noms de notre inventaire désignant le désert pourraient avoir quelque rapport avec ces deux items.

 

وبّ wabba se disposer (à attaquer)

وبوب wabwaba se disposer (à attaquer)

 

Données complémentaires :

 

أبّ ’abba se disposer, se préparer à qqch

أهب ’ahaba se préparer, s’apprêter à

وبأ waba’a préparer, disposer, arranger

وهب wahaba – IV. préparer, disposer qch pour qqn(9)

 

C’est l’un des sens donnés par B&B p. 29, pour l’étymon nº 1 {’,b}. On peut aussi penser que وبوب wabwaba, d’origine onomatopéique, est la forme la plus ancienne dont toutes les autres seraient issues. Peut-être وبوب wabwaba est-il lui même issu d’un vieux cri de guerre du genre “! وب وب *wab wab !” ayant le sens de “Préparez-vous à attaquer !” Nous aurons en effet l’occasion de rencontrer plusieurs cas où subsistent clairement les trois étapes de l’évolution lexicale : 1. le cri, 2. le verbe d’origine onomatopéique qui en est directement issu, et 3. le lexique vraisemblablement dérivé. Malheureusement, dans certains cas, dont peut-être celui-ci, il manque un chaînon.

 

وبيّ wabiyy qui ne profite pas (aliment)

 

Donnée complémentaire :

 

وبأ waba’a être attaqué par une épidémie, par la peste (pays) – IV. être envahi par une épidémie, par la peste (pays), avoir une indigestion (au passif, en parlant d’un animal)

 

Proximité morphosémantique claire. Voir Lane, ainsi que B&B p. 29, étymon nº 1 {’,b}.

 

 

3. Mots pour lesquels nous n’avons pas d’explication

 

بوباة bawbā désert

يباب yabāb désert

 

Peut-être un rapport avec ويب waybMalheur !” et بوًى bawan peine, souffrance ? Voir aussi فيف fayf plaine sans eau, désert dans "20, Chapitre du f".

 

ويبة wayba nom de mesure de substances sèches

 

Terme technique sans étymologie. Peut-être d’origine copte. (DRS, fasc. 6, p. 532, WYB).

 

 

 

Notes :

7. Compte tenu de la science des Arabes en matière d'irrigation, l’hypothèse que ce vieux mot du Moyen Orient soit à l'origine du latin médiéval pipa “tuyau” (> fr. pipe) semble plus plausible que celle généralement donné par les dictionnaires, à savoir être le déverbal du latin pipare "pépier, piailler", d’origine onomatopéique.

8. Picoche-Rolland, article bobine.

9. Plutôt que forme IV de وهب wahaba, ce verbe pourrait bien être une extension de أهب ’ahaba par w infixé → أوهب ’awhaba.


ت – 3 Chapitre du t

 

 

1. Liste alphabétique

 

توت tūt mûre, mûrier

توّ taww insouciant ; simple, non composé

توى tawā périr, s’épuiser, être dépensé

تيتآء taytā’ qui lâche le sperme avant le coït ; qui, pendant la cohabitation, a l’évacuation du ventre

وتاوت watāwit suggestions sataniques

وتّ watt roucoulement du mâle de la tourterelle

وتًى watan choses à venir, futures, qui doivent avoir lieu

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

توّ taww.1 insouciant

 

Données complémentaires :

 

تها tahā être paresseux, fainéant, inerte

تهته tahtaha s’occuper de choses frivoles

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {t,h}.

 

توّ taww.2 simple, non composé

 

Probable emprunt au persan, à juger par les mots et locutions taw “pli”, yak to “simple”, du to “double”, to bar to “pli sur pli”. (Johnson).

 

توى tawā périr, s’épuiser, être dépensé

 

Données complémentaires :

 

تاه tāha errer à l’aventure, s’égarer, errer dans le désert, périr

تيماء taymā’ désert où le voyageur peut facilement s’égarer et périr

مات māta mourir

مته matiha s’égarer

 

L’item est en relation sémantique claire avec les données complémentaires, mais la diversité morphologique de ces dernières ne permet pas décider d’un étymon commun. Notons que ce sens a été relevé par B&B pour les étymons nº 70 {t,m} et 72 {t,h}. Peut-être l’existence d’un étymon synonyme {t,w} périr est-elle à envisager, comme le suggérait El-Filali (p. 38) ?

 

وتًى watan choses à venir, futures, qui doivent avoir lieu

 

Donnée complémentaire :

 

أتى ’atā – آتٍ ’ātin qui doit venir, à venir, futur

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines est claire ; elle a d’ailleurs été relevée par le DRS (fasc. 7, p. 650 et 651).

 

وتّ watt roucoulement du mâle de la tourterelle

وتاوت watāwit suggestions sataniques

 

Lien cri > lexique d’origine onomatopéique. Sans autre commentaire.

 

توت tūt mûre, mûrier

 

Terme de botanique. A pour cognats l’akkadien tuttu, l’hébreu tut. (Rajki).

 

 

3. Mot pour lequel nous n’avons pas d’explication

 

تيتآء taytā’ qui lâche le sperme avant le coït ; qui, pendant la cohabitation, a l’évacuation du ventre

 

Origine obscure. Sonne comme une onomatopée du langage enfantin ou familier.


ث – 4 Chapitre du ṯ

 

 

1. Liste alphabétique

 

ثوى ṯawā faire halte, s’arrêter dans un lieu ; accueillir qqn chez soi, lui donner l’hospitalité – Au passif ثوي ṯuwiya être enterré – ثاوة ṯāwa enclos pour les bestiaux – ثوّة ṯuwwa mobilier, ustensiles ; signe de route – ثاية ṯāya enclos pour les bestiaux ; signes de route, ordinairement des pierres que les bergers jettent pendant le jour pour retrouver le chemin pendant la nuit, quand ils regagnent leurs habitations – مثوى maṯwā demeure, habitation

وثي wuṯiya éprouver une lésion sans qu’il y ait fracture – IV. éprouver un dommage (par naufrage, par accident de la bête de somme) – وثى wuṯan douleurs

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

ثوى ṯawā faire halte, s’arrêter dans un lieu ; accueillir qqn chez soi, lui donner l’hospitalité – Au passif ثوي ṯuwiya être enterré, etc.

 

Cette racine a pour cognat l’ougaritique ṯwy « inviter ». (Rajki). C’est une forte incitation à envisager l’existence d’un étymon {ṯ,w}. Voir aussi أوى ’awā dans "1, Chapitre de la hamza" et بوى bawā.2 dans "2, Chapitre du b".

 

وثي wuṯiya éprouver une lésion sans qu’il y ait fracture – IV. éprouver un dommage (par naufrage, par accident de la bête de somme) – وثى wuṯan douleurs

 

Données complémentaires :

 

ثأى ṯa’ā être percé de traits, être blessé, troué, tué – IV. endommager, abîmer

ثاء ṯā’a – IV. lancer une flèche contre qqn

وثأ waṯa’a meurtrir, priver la chair de sentiment, causer une lésion à la chair sans toucher à l’os, causer une luxation ou une entorse

 

La proximité morphosémantique entre ces racines est claire ; elle a d'ailleurs été relevée par B&B (p. 138) pour l’étymon {’,ṯ}, et partiellement aussi par le DRS (fasc. 7, p. 656).  .


ج – 5 Chapitre du ǧ

 

 

 1. Liste alphabétique

 

جوّ ǧaww air, intérieur, fond d’une maison ; terrain déprimé, encaissé, fond de vallée – جوّة ǧuwwa creux dans la montagne ; couleur fauve ; pièce cousue

جوي ǧawiya avoir une aversion pour qqch ; éprouver une passion ; avoir une maladie de poitrine ; réparer, rapiécer (une outre) – III. appeler à l’eau, à boire – IV. suspendre, accrocher une marmite – جوٍ ǧawin puant, fétide – جواء ǧiwā’ vallée, terrain encaissé ; sac de berger – جئة ǧi’a et جيئة ǧī’a mare d’eau stagnante et fétide – جواى ǧawā campement, tente des troupes

جيج ǧīǧ action d’appeler en disant « ǧi’, ǧi’ »

وجّ waǧǧa être véloce, rapide à la course, accélérer sa marche – وجّ waǧǧ autruche

وجى waǧā châtrer un mâle en lui écrasant les testicules – وجي waǧiya avoir le sabot usé par de longues marches – IV. avilir, abaisser ; être avare ; rentrer les mains vides (chasseur) ; s’abstenir de qqch

ويج wayǧ bois de la charrue qui s’emboîte dans le soc

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

جوّ ǧaww air, intérieur, fond d’une maison ; terrain déprimé, encaissé, fond de vallée – جوّة ǧuwwa.1 creux dans la montagne

 

Donnée complémentaire :

 

جورة ǧūra creux, trou – جوار ǧuwār caverne dans la montagne – جوار ǧawār aire d'une maison, tout l'espace compris entre les murailles

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas leur commun étymon serait {ǧ,r}.

 

جوّة ǧuwwa.2 couleur fauve

 

Donnée complémentaire :

 

جأوة ǧa’wa couleur brune, rouge foncé

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas leur commun étymon serait {’,ǧ}.

 

جوي ǧawiya réparer, rapiécer (une outre) – جوّة ǧuwwa.3 pièce cousue

 

Données complémentaires :

 

جأى ǧa’ā raccomoder, réparer, rapiécer (un habit)

جاء ǧā’a – II. et IV. rapiécer (une outre)

 

Idem.

 

جوي ǧawiya.1 avoir une aversion pour qqch – جوٍ ǧawin puant, fétide – جئة ǧi’a et جيئة ǧī’a mare d’eau stagnante et fétide

 

Données complémentaires :

 

أجّ ’aǧǧa être amer et saumâtre

أجم ’aǧima éprouver du dégoût pour les aliments

جبأ ǧaba’a avoir de l’aversion pour qqch

مأج ma’aǧa être saumâtre, amer

وجأ waǧ’ mauvaise eau

وجم waǧama avoir une chose en horreur, s’abstenir de qqch par dégoût

 

Idem. Voir B&B p. 29, étymon nº 4.

 

جوي ǧawiya.2 éprouver une passion

 

Données complémentaires :

 

أجّ ’aǧǧa brûler

أجم ’aǧama être brûlant, se mettre en colère

أمج ’amaǧ chaleur brûlante

هجا haǧā être brûlant

هجيج haǧīǧ intensité du feu

وجم waǧama être brûlant

وهج wahaǧa brûler

 

Il semble que, sur la base de la métaphore universelle passion = brûler, on puisse faire un rapprochement légitime avec l’ensemble de données complémentaires que nous avons réunies. On notera le rapport énantiosémique avec جوي ǧawiya.1 avoir une aversion pour qqch vu plus haut, mais si nos regroupements sont justifiés, ces deux verbes doivent être des homonymes : il y a ici une alternance hamza / h qu’on ne retrouve pas dans le regroupement précédent.

 

جيج ǧīǧ action d’appeler en disant « ǧi’, ǧi’ »

وجّ waǧǧa être véloce, rapide à la course, accélérer sa marche

 

Données complémentaires :

 

جأجأ ǧa’ǧa’a appeler les chameaux à l'eau en criant « ǧi’, ǧi’ »

جهجه ǧahǧaha crier ; jeter, pousser un cri pour effrayer et éloigner une bête

هجّ haǧǧa – X. presser, stimuler (des voyageurs pour qu’ils accélèrent)

هجهج haǧhaǧa crier, pousser des cris pour éloigner un lion ; stimuler un chameau à la marche en criant « hīǧ, hīǧ »

وجه waǧaha – V. s’enfuir, s’éloigner

 

Ces items sont clairement dérivés des cris « ǧi’, ǧi’ » et « hīǧ, hīǧ ». La racine وجّ waǧǧa pourrait être issue d’une forme وجوج *waǧwaǧa, doublet disparu de هجهج haǧhaǧa, dont وجه waǧaha garderait aussi la trace dans sa forme V.

 

وجى waǧā châtrer un mâle en lui écrasant les testicules – IV. avilir, abaisser

 

Donnée complémentaire :

 

وجأ waǧa’a châtrer un bélier

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas leur commun étymon serait {’,ǧ}.

 

وجي waǧiya.1 avoir le sabot usé et endolori par de longues marches

 

Donnée complémentaire :

 

وجع waǧi‛a éprouver une douleur

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas leur commun étymon serait {ǧ,‛}.

 

وجي waǧiya.2 – IV. être avare ; rentrer les mains vides (chasseur) ; s’abstenir de qqch

 

Données complémentaires :

 

أيج ’ayǧ mot prononcé quand le tireur à l’arc a manqué le but(10)

جهي ǧahiya – IV. être avare (comme le ciel qui ne donne pas de pluie)

وجأ waǧa’a – IV. revenir les mains vides, échouer

وجم waǧam avare, petit, chétif

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {’,ǧ}.

 

ويج wayǧ bois de la charrue qui s’emboîte dans le soc

 

Terme technique d’origine yéménite. (DRS 6, p. 532, WYG).

 

 

Notes :

10. Cf. en français “Manqué !”. S’oppose à أيحى ’ayḥā, mot prononcé quand le tireur à l’arc a atteint le but.


ح – 6 Chapitre du ḥ

 

 

1. Liste alphabétique

 

حو ḥaw mot dont on se sert pour stimuler les bœufs à la marche

حوحى ḥawḥā crier « ḥaw » aux chèvres

حوّ ḥaww action de faire marcher les chameaux ; clair, distinct – حوّة ḥuwwa côté d’une vallée

حوى ḥawā réunir, rassembler (deux choses différentes) ; conserver, garder – V. se rouler (serpent), se contracter

حويّ ḥawiyy qui possède une chose, qui est digne de

حيّ ḥayy parties naturelles de la femme ; tribu, quartier d’une ville – حيًا ḥayan vagin (d’une femelle)

حيّ ḥayya vivre ; être distinct ; rougir de honte – III. ranimer, rallumer le feu en soufflant – حياة ḥayā vie – حيّة ḥayya serpent

واحة wāḥa oasis

وح waḥ mot dont on se sert pour faire marcher ou éloigner les chèvres – وح waḥ hâte, célérité dans la marche ou dans les mouvements

وحّ waḥḥ pieu, cheville en bois

وحوح waḥwaḥ chien qui aboie ; homme agile, entreprenant, fort

وحى waḥā insinuer, suggérer, produire un bruit ; se dépêcher, aller vite – X. inspirer un désir – وحى waḥā chef d’une peuplade, roi – وحًى waḥan feu

يوح yuḥ et يوحى yuḥā soleil

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

  

a. Les items d’origine onomatopéique

 

Les deux premiers items, utilisés une fois ou répétés, sont clairement à l’origine du lexique onomatopéique qui les suit.

 

حو ḥaw mot dont on se sert pour stimuler les bœufs à la marche

وح waḥ mot dont on se sert pour faire marcher ou éloigner les chèvres

 

- Marcher vite

 

حوحى ḥawḥā crier « ḥaw » aux chèvres

حوّ ḥaww action de faire marcher les chameaux

وح waḥ hâte, célérité dans la marche ou dans les mouvements

وحوح waḥwaḥ chien qui aboie ; homme agile, entreprenant, fort

وحى waḥā se dépêcher, aller vite ; insinuer, suggérer, produire un bruit

 

- Réunir et conserver

 

حوى ḥawā réunir, rassembler (deux choses différentes) ; conserver, garder – حويّ ḥawiyy qui possède une chose, qui est digne de

حيّ ḥayy.1 tribu, quartier d’une ville

 

b. Les items relevant de la matrice du feu

 

Un certain nombre d’items de notre liste semblent relever d’une une matrice phonique du feu – encore à l’étude – dont les traits seraient {[pharyngal], [+ sonant]}. Les glides étant des sonantes au même titre que m, n, r et l, on peut raisonnablement conclure à l’existence des étymons {ḥ,w} et {ḥ,y}.

 

Par mesure de clarté, nous avons réparti les items en sous-groupes sémantiques, en n’ajoutant que quelques-unes des données complémentaires dont nous disposons :

 

- La clarté, la lumière : un des effets du feu.

 

حوّ ḥaww clair, distinct

حيّ ḥayya.1 être distinct

 

et peut-être aussi

 

يوح yuḥ, يوحى yuḥā soleil

 

Données complémentaires :

 

حبر ḥabara – VII. être mis au grand jour, paraître – إحبير ’iḥbīr ver luisant

حلج ḥalaǧa – V. briller (éclairs)

رمح ramaḥa briller (se dit des éclairs)

صرح ṣaraḥa rendre clair, exposer clairement – II. être clair, évident

لاح lāḥa u apparaître (étoile), briller (éclair)

 

- Le feu et la chaleur, sources de vie

 

حيّ ḥayya.2 vivre – III. ranimer, rallumer le feu en soufflant – حياة ḥayā vie

وحًى waḥan feu

 

Données complémentaires :

 

جحم ǧaḥama allumer le feu

حدم √ḥdm – VIII. s’enflammer

حرث √ḥrṯ – II. remuer (le feu)

حمش ḥamaša – IV. attiser le feu

روح rūḥ souffle de la vie, esprits vitaux

 

- L’utérus de la femme, de la femelle : le lieu chaud où se concocte et commence la vie

 

حيّ ḥayy.2 parties naturelles de la femme

حيًا ḥayan vagin (d’une femelle)

 

Données complémentaires :

 

بحر baḥr cavité de l’utérus

حر ḥir, حرة ḥira parties naturelles de la femme

حرح ḥirḥ parties naturelles de la femme

رحم riḥm, raḥim utérus

ومّاح wammāḥ parties naturelles de la femme

 

- Rougir (de honte ou de colère) comme sous l’effet de la chaleur

 

حيّ ḥayya.3 rougir de honte

 

Données complémentaires :

 

حاش ḥāša u – V. rougir, avoir honte

حشم ḥašama faire rougir qqn – VIII. être honteux

حشي ḥašiya – V. avoir honte devant qqn, rougir de qqch

رحض raḥaḍa – VIII. être couvert de honte

 

- Le désir, métaphore de la soif, conséquence du feu et de la chaleur

 

وحى waḥā – X. inspirer un désir

 

Données complémentaires :

 

حام ḥāma vouloir, désirer une chose

حرص ḥaraṣa désirer, ardemment, convoiter qqch

حمض ḥamaḍa désirer ardemment une chose

حنّ √ḥnn – VI. désirer vivement – X. désirer avec ardeur

وحم waḥama avoir des envies (femme enceinte), avoir un grand penchant sexuel ou un désir d’autre chose

 

c. Le reliquat

 

حوّة ḥuwwa côté d’une vallée

 

Donnée complémentaire :

 

حوزة ḥawza côté

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas leur commun étymon serait {ḥ,z}.

 

حيّة ḥayya serpent – حوى ḥawā – V. se rouler (serpent), se contracter

 

Ce nom d’animal est issu d’une vieille racine sémitique ḤWY. Le verbe est un dénominal.

 

واحة wāḥa oasis

 

Du dialectal égyptien wāḥ. Emprunt au copte waḥe, de l’ancien égyptien wỉḥ.t, “marmite, chaudron”, d’où “marmite de géant”. (Rolland 2015).

 

وحّ waḥḥ pieu, cheville en bois

 

Vieux nom d’outil, terme technique concret sans étymologie et pour lequel il est difficile d’imaginer une origine onomatopéique ou un rapport avec le feu ou la chaleur.

 

وحى waḥā chef d’une peuplade, roi

 

Origine obscure. Peut-être de l’ancien égyptien ḥw “ordre du roi, sentence royale”. (DRS, fasc. 6, WḤY p. 521).


خ – 7 Chapitre du ḫ

 

 

1. Liste alphabétique

 

خاخ ḫāḫ – IV. être peu élevé au-dessus du sol

خوخ ḫawḫ pêche

خوخاء ḫawḫā’ sot, imbécile – خوخة ḫawḫa lucarne, anus

خوّ ḫaww faim ; vallée spacieuse – خوّ ḫuww miel – خوّة ḫuwwa terre inhabitée, non cultivée, déserte

خوى ḫawā être en ruine, s’écrouler ; être vide, désert, inhabité – II. creuser un trou en terre et y allumer le feu pour faire asseoir dessus une femme malade – خوًى ḫawan ravin profond, hiatus entre deux montagnes – خويّة ḫawiyya aliments pour l’accouchée – خواة ḫawāt son, bruit ; espace entre le pis et la vagin (chez les animaux)

خيّ ḫayy plan, projet

وخّ waḫḫ peine, fatigue ; intention, volonté

وخواخ waḫwāḫ mou, imbécile ; paresseux, fainéant – وخوخة waḫwāḫa gazouillement d’un oiseau

وخى waḫā aller, cheminer tout droit, tendre vers un but – III. être frère de qqn – وخًى waḫan intention, chemin, route que l’on suit

ويخ wayḫ joug

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

a. Comparaisons avec la racine خرب √ḫrb

 

خوى ḫawā.1 être en ruine, s’écrouler // خرب ḫariba être dévasté, en ruines

خوى ḫawā.2 – II. creuser un trou en terre... // خرب √ḫrb – V. ronger et creuser

خوخة ḫawḫa lucarne, anus – خواة ḫawāt.1 espace entre le pis et la vagin (chez les animaux) // خربة ḫarba parties honteuses (de la femme) ; trou ou orifice de toutes sortes (hanche, oreille, anus, aiguille,...)

خاخ ḫāḫ – IV. être peu élevé au-dessus du sol // خرب ḫurb point où finit un monticule de sable

خوى ḫawā.3 être vide, désert, inhabité – خوّة ḫuwwa terre inhabitée, déserte // خرب ḫariba être dépeuplé – خرب ḫarib inoccupé, abandonné

خوّ ḫaww.1 faim – وخّ waḫḫ.1 peine, fatigue (= conséquence de la faim) // خرب ḫarib vide (ventre d’un homme affamé)

خوّ ḫuww miel // تخاريب taḫārīb alvéoles où les abeilles déposent le miel

 

La proximité morphosémantique entre les items de notre liste et les dérivés de la racine خرب √ḫrb nous incite à les considérer comme apparentés. Nous allons voir par les comparaisons suivantes quel est le probable étymon de la racine خرب √ḫrb, lequel devrait être également celui des mots de notre liste.

 

NB : Il serait hors-sujet de nous attarder ici sur l’origine des divers sémantismes de la racine خرب √ḫrb. Nous y reviendrons dans une étude ad hoc.

 

b. Comparaisons avec d’autres racines en خ ḫ-

 

خواة ḫawāt.2 son, bruit (Voir NB) // خات ḫāta produire un son, un bruit (cf. B&B p. 51, étymon nº 52)

وخوخة waḫwāḫa gazouillement d’un oiseau // خرخر ḫarḫara ronfler (chat, homme qui dort) – خرخر ḫarḫar bruit de l’eau qui coule ; murmure du vent qui souffle

خوخاء ḫawḫā’ sot, imbécile // جخّ ǧaḫḫ stupide – خجخجة ḫaǧḫaǧa sot, stupide, homme sans cervelle

خويّة ḫawiyya aliments pour l’accouchée // خبرة ḫubra portion, ration (de mets) servie à qqn

خوخة ḫawḫa anus // خوران ḫawrān orifice de l’anus (chez les animaux)

خوًى ḫawan ravin profond, hiatus entre deux montagnes // خور ḫawr terrain plat encaissé entre deux montagnes

خوّ ḫaww.2 vallée spacieuse // خرير ḫarīr plaine entre deux montagnes ou collines

وخواخ waḫwāḫ mou, imbécile ; paresseux, fainéant // خار ḫāra être faible, débile, mou, sans nerf (cf. B&B p. 76, étymon nº 138)

 

La proximité morphosémantique entre les items de notre liste et les mots en regard nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {ḫ,r}.

 

L’examen des diverses données rencontrées ci-dessus nous amène à considérer la racine خوى √ḫw-glide comme résultant – après mutation du r en w – d’une racine خرو √ḫr-glide depuis longtemps obsolète mais dont il perdure une trace dans le nom خروة ḫurwa trou à la tête d’une hache qui sert à y passer un cordon, mot dont le sens, on le voit, rejoint le sémantisme trou-creux-vide propre à plusieurs des items de notre inventaire.

 

NB : Il semble raisonnable de considérer خواة ḫawāt.2 son, bruit comme une variante graphique de خوات ḫawāt, même sens, dérivé de خات ḫāta, plutôt que de خوى ḫawā, en dépit du classement de ce mot sous cette dernière racine par tous les dictionnaires.

 

خيّ ḫayy plan, projet

وخّ waḫḫ.2 intention, volonté

وخى waḫā.1 aller, cheminer tout droit, tendre vers un but – وخًى waḫan intention, chemin, route que l’on suit

 

Cet ensemble est sémantiquement homogène. L’absence de données complémentaires nous incite à considérer ces items comme formellement construits sur la séquence réversible wḫ / ḫw ; auquel cas il faudrait peut-être envisager l’existence éventuelle d’un étymon {ḫ,w} avoir un but.

 

NB : On notera la synonymie avec نوى nawā.1 se proposer de, avoir l’intention de, que nous avons rapproché de نحا naḥā VIII. se proposer qqchنحو naḥw intention, dessein (Voir plus loin "25, Chapitre du n". Voir aussi DRS 6, p. 525, WḪY).

 

خوخ ḫawḫ pêche

 

Vieux terme de botanique. Il a pour cognat l’akkadien ḫaḫḫu “prune”. (Rajki).

 

وخى waḫā.2 – III. être frère de qqn

 

Évidente variante de أخا ’aḫā être frère de qqn.

 

ويخ wayḫ joug

 

Vieux terme technique d’agriculture. Il ne semble pas qu’il s’agisse d’un emprunt bien qu’on ne lui connaisse pas de cognat dans les autres langues sémitiques. (DRS, fasc. 6, p. 533, WYḪ). On notera une certaine proximité sémantique avec avec la notion de frère jumeau qui permettrait de rapprocher les deux derniers items.


د – 8 Chapitre du d

 

 

1. Liste alphabétique

 

دد dad jeu, badinage, plaisanterie

دواة dawāt encrier

دواية duwāya peau mince qui se forme sur le lait ou sur une soupe

دود dūd ver – داد dāda être véreux

دوداة dawdāt balançoire ; vacarme

دوّ dawwa se rendre, s’engager dans un désert – دوّ daww désert

دوي dawiya bourdonner (abeilles) ; être mal, malade – II. tonner, mugir ; courir autour, faire le tour d’un champ (chiens) – دوًى dawan désert

دي دي day day mots d’un air que les conducteurs chantent à leurs chameaux pour les faire marcher

وادٍ wādin lit d’un fleuve, fleuve, rivière

ودّ wadda aimer

ودى wadā sortir la verge du fourreau ; rendre proche, rapprocher ; laisser tomber de la verge quelques gouttes après avoir uriné ; expier un meurtre en payant le prix du sang – IV. être armé jusqu’aux dents ; périr, se perdre ; enlever qqn (mort)

يد yad main

يدى yadā faire du bien à qqn, lui rendre un service

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

دواة dawāt encrier

 

Le DRS note دواة dawāt sous DWY (fasc. 4, p. 234, rubr. 4). Il pourrait s’agir d’un emprunt à l’égyptien.

 

دواية duwāya peau mince qui se forme sur le lait ou sur une soupe

 

Données complémentaires :

 

أدهى ’adhā plus lisse

مهيد mahīd crème de lait

هدود hadūd sol plat, plaine

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas, leur commun étymon serait {d,h}.

 

دود dūd ver – داد dāda être véreux

 

Vieux nom primitif. Le verbe est un dénominal. Cf. سوس sūs ver – ساس sāsa.1 être attaqué par les vers.

 

دد dad jeu, badinage, plaisanterie

دوداة dawdāt balançoire ; vacarme

دوي dawiya bourdonner (abeilles) – II. tonner, mugir

دي دي day day mots d’un air que les conducteurs chantent à leurs chameaux pour les faire marcher

 

Données complémentaires :

 

أدّ ’adda mugir, braire

دأدأ da’da’a remuer, agiter – II. faire entendre un roulement (chameau)

دندن dandana bourdonner

دنّ danna bourdonner

دوّه dawwaha appeler une chamelle vers son petit

هدّ hadda mugir

هدهد hadhada bercer ; mugir, roucouler

وأد wa’d voix élevée, mugissement

 

Mots d’origine onomatopéique, vagues imitations de cris ou de bruits.

 

دوّ dawwa se rendre, s’engager dans un désert – دوّ daww désert

دوًى dawan désert

 

Données complémentaires :

 

دأدأ da’da’ vallée, vaste plaine

مودّأة muwadda’a lieu où l’on périt, désert

 

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas, leur commun étymon serait {’,d}.

 

دوي √dwy – II. courir autour, faire le tour d’un champ (chiens)

 

Données complémentaires :

 

دار dāra u aller tout autour, tournoyer

دال dāla u tourner, être en rotation continuelle

دام dāma u voltiger autour d’un champ

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés par leur séquence commune dw- ; peut-être avons-nous ici aussi un de ces cas où le glide pourrait être une consonne à part entière et l’un des deux éléments d’un étymon {d,w} tourner autour.(11)

 

دوي dawiya être mal, malade

 

Donnée complémentaire :

 

داء dā’a être malade, souffrir

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas, leur commun étymon serait {’,d}.

 

وادٍ wādin vallée, vallon, rivière, fleuve, voie

 

Données complémentaires :

 

وهدة wahda terrain bas, encaissé, vallée profonde

هدود hadūd pente, terrain en pente

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas, leur commun étymon serait {d,h}.

 

NB : Un lien sémantique avec ودى wadā (voir plus bas) – sous lequel cet item est généralement placé – est difficile à percevoir. On n’a pas manqué de rapprocher وادٍ wādin de l’indo-européen *wed- eau, mais ce n’est probablement qu’un hasard car le lit d’un oued est plus souvent à sec que parcouru d’eau courante. D’ailleurs ce n’est pas notre item que Dolgopolsky place dans sa notice nº 2544 consacrée à l’eau courante mais واتن wātin qui coule, courant (eau).

 

ودّ wadda aimer

 

L’ensemble de cette étude nous amène à penser que cette vieille racine sémitique WDD (DRS, fasc. 6, p. 497) pourrait être la réduction d’une racine ودود *√wdwd ou دودو *√dwdw encore plus ancienne mais disparue, et relevant du langage enfantin. (Cf. français dada, dodo, doudou, anglais dady, etc.)

 

NB : Cette même racine دودو *√dwdw aurait également généré la base sémitique DWD que le DRS (fasc. 4, p. 231, rubrique 1) note également comme relevant du langage enfantin mais qu’il suppose issue de WDD par reduplication.

 

ودى wadā sortir la verge du fourreau ; rendre proche, rapprocher ; laisser tomber de la verge quelques gouttes après avoir uriné ; expier un meurtre en payant le prix du sang – IV. être armé jusqu’aux dents ; périr, se perdre ; enlever qqn (mort)

 

La polysémie de cette racine ne s’explique qu’en la rapprochant, sens par sens, de diverses autres :

 

ودى wadā.1 sortir la verge du fourreau // ودأ wada’a dresser son pénis (cheval)

ودى wadā.2 rendre proche, rapprocher // وده wadaha – X. être réunis de plusieurs points sur un seul (chameaux)

ودى wadā.3 laisser tomber de la verge quelques gouttes après avoir uriné // ودف wadafa couler, laisser suinter – وداف wudāf pénis, verge (parce qu’il en coule du sperme ou de l’urine)

ودى wadā.4 expier un meurtre en payant le prix du sang // أدا ’adā – II. payer, restituer un dépôt – V. payer, solder, acquitter une dette

ودى wadā.5 – IV. être armé jusqu’aux dents // أدا ’adā être muni d’outils ou d’appareils nécessaires – أديّ ’adiyy armure

ودى wadā.6 – IV. périr, se perdre ; enlever qqn (mort) // ودأ wada’a – II. attirer la ruine sur qqn – V. perdre, ruiner qqn

 

Cette double liste montre que la forme ودى wadā, quel que soit son numéro, se rattache aisément à une racine non ambigüe. Il s’agit donc de formes homonymes ayant chacune son propre étymon, le même que celui de la racine placée chaque fois en regard.

 

NB : Deux des racines non ambigües, أدا ’adā et ودأ wada’a, apparaissent deux fois mais il serait hors sujet d’aller plus avant dans l’analyse pour déterminer si, cas par cas, nous avons affaire à une seule et même racine ou à des racines homonymes.

 

يد yad main, patte de devant, force, etc.(12)

يدى yadā atteindre, blesser à la main, couper une main à qqn ; faire du bien à qqn, lui rendre un service

 

Données complémentaires :

 

أدا ’adā u et IV. aider, assister qqn contre qqn

أدّ adda présenter, porter qqch à qqn en tendant la main – أدّ ’add, إدّ ’idd force

أدى ’adā i – IV. aider, porter secours, être fort, puissant

 

Le nom يد yad est un vieux mot primitif et le verbe يدى yadā un dénominal. La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas leur étymon commun serait {’,d}.(13)

 

 

 

Notes :

11.  Voir El-Filali p. 41.

12. Et de nombreux autres sens dérivés qu’on trouvera dans Kazimirski II, p. 1624. 

13. En complément, voir notre étude « La main » dans Le blog de Jean-Claude Rolland. (En ligne).


ذ – 9 Chapitre du ḏ

 

 

1. Liste alphabétique

 

ذا ḏā démonstratif

ذو ḏū maître, qui possède qqch

ذوة ḏawa peau, pelure, écorce

ذوى ḏawā être fané, flétri, se faner (plante)

ذوًى ḏiwan jeunes brebis

وذوذ waḏwaḏa être rapide dans sa marche, se hâter

وذى waḏā déchirer, égratigner avec les ongles

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

ذا ḏā démonstratif

ذو ḏū maître, qui possède qqch (= celui qui a)

 

Pour le DRS (fasc. 4, p. 324, Ḏ) ces mots se rattachent à -, “base de formes diverses à fonction démonstrative, relative ou déterminative dans l’ensemble du sémitique occidental”.

Sans autre commentaire.

 

ذوة ḏawa peau, pelure, écorce

وذى waḏā déchirer, égratigner avec les ongles

 

Données complémentaires :

 

حذافة ḥaḏāfa rognure de cuir

حذى ḥaḏā couper, tailler (avec un couteau soit du cuir, soit la peau de la main) – حذوة ḥiḏwa morceau de chair

ذحج ḏaḥaǧa peler, dépouiller de son écorce

ذحّ ḏaḥḥa fendre du bois

ذحق ḏaḥiqa être écorché et dépouillé de la cuticule extérieure (langue)

ذحى ḏaḥā battre (la laine) et cingler (vent) – مذحًى maḏḥan dépourvu d’arbres, déboisé (pays, terre)

وذح waḏaḥa s’écorcher les cuisses – وذح waḏḥ écorchures laissées par le frottement des parois intérieures des cuisses

 

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas, leur étymon commun serait {ḥ,ḏ}.

 

ذوى ḏawā être fané, flétri, se faner (plante)

 

Donnée complémentaire :

 

ذأى ḏa’ā u se faner, être fané, flétri (herbes)

 

La proximité morphosémantique entre l’item et la donnée complémentaire nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas, leur étymon commun serait {’,ḏ}.

 

ذوًى ḏiwan jeunes brebis

 

Données complémentaires :

 

ذفّ ḏaff brebis (collect.)

حذف ḥaḏaf espèce de moutons noirs et petits, sans oreilles ni queue, particuliers aux Hedjaz

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas, leur étymon commun serait {ḏ,f}.

 

وذوذ waḏwaḏa être rapide dans sa marche, se hâter

 

Données complémentaires :

 

حاذ ḥāḏa faire marcher vite (les chameaux) devant soi

ذاح ḏāḥa marcher avec précipitation et d’un pas ferme

ذحا ḏaḥā pousser avec vigueur et faire marcher devant soi

وذأ waḏa’a éloigner, repousser qqn

وذح waḏaḥa marcher d’un pas vigoureux et avec entrain (se dit d’un homme)

وذلة waḏala, waḏila agile, alerte, leste

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés et issus d’une base وذ *waḏ disparue ou non répertoriée qui devait être une interjection utilisée, seule ou répétée, pour faire marcher vite une personne ou un animal.

 

NB : Le phonème , on le voit, est présent dans plusieurs données complémentaires, ce qui a amené B&B (p. 68) à noter cette charge sémantique pour l’étymon nº 118 {ḥ,ḏ}. Nous optons pour en faire plutôt un crément ajouté à la base onomatopéique وذ *waḏ.


ر – 10 Chapitre du r

 

 

1. Liste alphabétique

 

رار rārAu passif رير rīra devenir fort et gras pour avoir été bien nourri – II. Au passif abonder en vivres – IV. rendre trop mou, clair et presque liquide – رار rār moelle qui a peu de consistence, qui est presque liquide – رير rayr bave qui coule de la bouche d’un enfant

روّ raww abondance de denrées, de produits de la terre

روى rawā attacher (un homme sur sa monture) de peur qu’il n’en tombe en dormant ; tordre, tresser une corde ; abreuver qqn, lui donner à boire ; tirer, puiser de l’eau (pour qqn) ; réfléchir sur qqch ; rapporter ce qu’on a entendu dire – روًى riwan abondante quantité d’eau

رية riya poumon

ريًّا rayyan et رواء rawā’ bonne odeur, odeur agréable

ورّ warr os des hanches ; produit, récoltes de l’année

ورّة warra fossé, fosse creusée en terre

ورور warwara parler vite ; porter ses regards sur une chose avec une grande intensité – وروار warwār guêpier (oiseau) – مورور muwarwir qui chantonne, qui psalmodie

ورى warā ronger les chairs en pénétrant à l’intérieur (pus) ; toucher, atteindre, blesser qqn aux poumons et les endommager ; donner, faire jaillir du feu (briquet) ; être allumé (feu) – وري warya être gras, chargé de graisse (chamelle) ; être ferme, avoir de la consistance (moelle) – II. cacher, taire qqch ; détourner ses regards ; faire voir, montrer qqch à qqn – ورًى waran maladie des poumons ; genre humain, hommes – وري wary pus, sanie

يرّ yarra être dur (pierre) ; être très chaud, brûlant – يرّ yarr mal, malheur, inimitié, guerre

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

رار rārAu passif رير rīra devenir fort et gras pour avoir été bien nourri – II. Au passif abonder en vivres – IV. rendre trop mou, clair et presque liquide – رار rār moelle qui a peu de consistence, qui est presque liquide – رير rayr bave qui coule de la bouche d’un enfant

روّ raww abondance de denrées, de produits de la terre

روى rawā.1 abreuver qqn, lui donner à boire ; tirer, puiser de l’eau (pour qqn) – راوية rāwiya outre remplie d’eau que les colporteurs colportent – روًى riwan abondante quantité d’eau

ورّ warr produit, récoltes de l’année

وري warya.1 être gras, chargé de graisse (chamelle) ; être ferme, avoir de la consistance (moelle)

ورًى waran.1 genre humain, hommes

 

Donnée complémentaire :

 

ورم waram tumeur, enflure – أورم ’awram hommes, gens, monde ; troupe nombreuse d’hommes, de soldats

 

Comme nous l’avons vu dans notre étude Sorbet et moucharabieh(14), le phonème liquide r entre naturellement dans la composition consonantique de nombreuses racines signifiant boire, abreuver, irriguer, abondance d’eau, abondance (de gens, etc.), mais nous n’en avons trouvé aucune qui puisse être raisonnablement rapprochée des items. Quant au m final de ورم waram, il semble bien être un crément plutôt qu’une radicale(15). Peut-être faudra-t-il, pour certains mots, admettre qu’un glide puisse être considéré comme un composant à part entière de l’étymon, en l’occurrence, un étymon {r,w} dont abondance serait l’invariant sémantique.(16)

 

روى rawā.2 rapporter ce qu’on a entendu dire

 

Ce sens est une probable extension métaphorique de روى rawā.1 abreuver qqn : on donne à entendre comme on donne à boire, on colporte des rumeurs comme on colporte des outres d’eau. (Cf. plus haut le sens de راوية rāwiya).

 

روى rawā.3 attacher (un homme sur sa monture) de peur qu’il n’en tombe en dormant ; tordre, tresser une corde – رواء riwā’ corde avec laquelle on serre la charge sur une bête de somme

 

Donnée complémentaire :

 

ركا rakā lier, serrer fortement

 

La proximité morphosémantique entre ces deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas leur commun étymon serait {r,k}. Notons aussi l’existence de رشاء rišā’ corde ... (17)

 

روى rawā.4 réfléchir sur qqch

 

Données complémentaires :

 

رأى ra’ā – VIII. considérer, examiner qqch avec soin

روأ rawa’a – II. réfléchir sur une chose et sur ses suites probables, et en y réfléchissant, ne pas se presser de répondre

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {’,r}.

 

ورى warā – II. faire voir, montrer qqch à qqn

 

Données complémentaires :

 

رأى ra’ā – IV. montrer, faire voir qqch à qqn

وأر wa’ara – IV. indiquer, signaler qqch

 

Idem.

 

رية riya poumon

ورى warā.1 toucher, atteindre, blesser qqn aux poumons et les endommager ; ronger les chairs en pénétrant à l’intérieur (pus) – ورًى waran.2 maladie des poumons – وري wary pus, sanie

 

Donnée complémentaire :

 

رأى ra’ā – IV. avoir les poumons attaqués, avoir mal aux poumons

 

Le mot رية riya, variante رئة ri’a, est un vieux mot sémitique dont les cognats sont, d’après Rajki, l’akkadien irtu (poitrine), l’hébreu rea (poumon), le harsoussi reyi et l’ougaritique irt (poitrine). Les deux verbes ورى warā.1 et رأى ra’ā–IV sont clairement des dénominaux.

 

ريًّا rayyan et رواء rawā’ bonne odeur, odeur agréable

 

Données complémentaires :

 

راح rāḥa u – II. parfumer, imprégner de parfum – رايحة rāyiḥa odeur

رحيق raḥīq, رحاق ruḥāq espèce de parfum

 

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {ḥ,r}.

 

ورّ warr os des hanches

 

Donnée complémentaire :

 

ورك warik hanche

 

Cet item est probablement à rapprocher de ورك warik ; auquel cas leur étymon commun serait {r,k}. Notons cependant qu’en gouragué (éthiopien), wär signifie “jambe” (DRS, fasc. 7, p. 614, WR), ce qui laisse une porte ouverte vers un éventuel étymon {w,r}.

 

ورّة warra fossé, fosse creusée en terre

 

Données complémentaires :

 

أكر akr action de creuser, la terre, une fosse

ركا rakā u creuser la terre

كرا karā u creuser la terre, creuser un canal

كرّ kurr, karr puits

كركورة kurkūra vallée très profonde, encaissée

كور kāra u creuser la terre

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {r,k}. (Voir B&B, p. 98, étymon nº 201).

 

ورور warwara parler vite ; porter ses regards sur une chose avec une grande intensité – وروار warwār guêpier (oiseau) – مورور muwarwir qui chantonne, qui psalmodie

 

Le chant du guêpier est probablement à l’origine du nom de l’oiseau et des sens du verbe. On peut supposer que le sens porter ses regards sur une chose avec une grande intensité vient de l’activité oculaire de l’oiseau sur ses gardes ou à la recherche de sa nourriture.

 

ورى warā.3 donner, faire jaillir du feu (briquet) ; être allumé (feu)

 

Données complémentaires :

 

أرّ ’arra allumer le feu – إرّة ’irra feu

أرّى ’arrā allumer le feu, faire du feu dans un four

رأى ra’ā faire jaillir le feu d’un briquet

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {’,r}. (Voir B&B, p. 32, étymon nº 9).

 

ورى warā.4 – II. cacher, taire qqch ; détourner ses regards

 

Données complémentaires :

 

أرى ’arā – II. s’éloigner de qqch et y renoncer

ورأ wara’a éloigner, écarter – وراءَ warā’a derrière

 

Idem.

 

يرّ yarra.1 être dur (pierre)

 

Données complémentaires :

 

أرجل ’arǧal dur et raboteux, semé de pierres (sol)

جرج ğarağ sol dur et rocailleux

جرّارة ğarrāra terrain déprimé, encaissé, couvert de cailloux

جرز ǧariza être épais et dur

جرل ǧarala être pierreux et dur

جروب ǧurūb blocs de pierre

جروف ǧurūf pierre, digue en pierre

جرول ǧarwal, ǧurawil, جرولة ǧurūla terrain pierreux ; pierres, rochers

حجر ḥaǧar pierre

رتاجة ritāǧa roc, rocher(18)

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {ǧ,r}.

 

يرّ yarra.2 être très chaud, brûlant – يرّ yarr mal, malheur, inimitié, guerre

 

Données complémentaires :

 

حارّ ḥārr chaud

حار ḥāra u – II. imprimer une marque autour de l’œil du chameau à l’aide du fer rougi au feu – حوير ḥawīr inimitié, dommage causé à qqn

حرب ḥarb guerre

حرق ḥariqa être brûlé, brûler – II. et IV. brûler, incendier etc.

 

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur commun étymon serait {ḥ,r}.

 

 

Notes :

14. Dans Le blog de Jean-Claude Rolland (en ligne).

15. Voir notre étude « Le statut du m final dans les racines arabes », dans Langues et littératures du monde arabe, LLMA nº 11, 2017.

16. Pour El-Filali, c’était être large, ce qui est une autre façon d’exprimer l’abondance.

17. Allusion à la kashkasha. Voir article de Bohas et Rolland (Bibliographie).

18. Données extraites de Rolland 2017, Éclats de roche.


ز – 11 Chapitre du z

 

 

1. Liste alphabétique

 

ززّ zazza frapper qqn légèrement avec la main

زوزى zawzā faire de petits pas, trotter menu ; repousser et chasser avec mépris

زوّ zaww malheur, calamité causée par la mort de qqn ; paire, couple, deux

زوى zawā écarter, éloigner, dépêcher, ôter – II. reconduire la mariée chez son mari, etc.

زيز √zyz زيازية ziyāziya hâte, promptitude avec laquelle on fait quelque chose

زيز zīz espèce d’oignon

زيّ zayy extérieur, aspect, forme ; costume – II. زيّى zayyā revêtir d’une forme, d’un habit

وزّ wazz oie

وزّ wazza bourdonner ; inciter, animer contre, exciter(19)

وزوز wazwaza remuer les fesses en marchant ; faire un saut brusque – وزوز wazwaz mort, trépas

وزى wazā être rassemblé, aggloméré sur un seul point– III. être placé du côté opposé, vis-à-vis d’un autre, etc. – IV. enduire les murailles (de sa maison) avec de l’argile – X. gravir une montagne et s’élever jusqu’au sommet, etc. – وزًى wazan petit de taille et au corps ramassé ; fort, robuste et agile (âne) – متوازٍ mutawāzin parallèle

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

زوزى zawzā faire de petits pas, trotter menu ; repousser et chasser avec mépris

زوى zawā.1 écarter, éloigner, dépêcher, ôter, etc.

وزّ wazza bourdonner ; inciter, animer contre, exciter

 

Bien qu’apparemment distants, il semble que les sens des items soient liés, sans doute par une origine commune, peut-être l’imitation répétée du bourdonnement des gros insectes – “وزّ وزّ wazz wazz” – ou le cri “! زه zih ! fuyez !” car une fuite se fait généralement au pas de course. Cf. français “Allez, zou !

 

Nous avons réparti les formes qui suivent – items et données complémentaires – en deux groupes, en fonction de leurs sens respectifs.

 

1. faire de petits pas, trotter menu

 

زيز √zyzزيازية ziyāziya hâte, promptitude avec laquelle on fait quelque chose

 

أزج ’azaja se hâter, se dépêcher

أزّ ’azza exciter, pousser à qqch

أزف ’azifa s’approcher promptement

زأزأ za’za’a s’avancer avec rapidité

زها zahā – VIII. se mettre à courir

هزأ haza’a mener, pousser, faire marcher sa bête de somme – IV. s’en aller rapidement en emportant qqn sur son dos (chamelle)

هزّ hazza stimuler à la marche

هزع haza‛a courir vite, se dépêcher

هزف hizaf rapide, véloce

هزهز huzahiz rapide à la course

 

2. repousser et chasser avec mépris

 

ززّ zazza frapper qqn légèrement avec la main

زوّ zaww.1 malheur, calamité causée par la mort de qqn

وزوز wazwaza.1 faire un saut brusque – وزوز wazwaz mort, trépas

 

زاء zā’a frapper qqn, affliger d’un malheur (se dit du temps, du sort)

زها zahā frapper, battre (d’un bâton)

هزا hazā partir, s’éloigner, s’en aller

هزر hazara rouer qqn de coups de bâton ; chasser, expulser

هزم hazama mettre en fuite, mettre en déroute – هازمة hāzima malheur, calamité

وهز wahaza repousser, éloigner à coups de poing

 

NB : toutes ces racines partagent le même sémantisme de l’éloignement plus ou moins violent, du coup asséné, réel ou figuré, et de ses conséquences. (Voir B&B p. 105, étymon nº 220 {z,h}.)

 

زيز zīz.1 cigale

 

Mot persan. (Johnson). Imitation du bruit de la cigale.

 

وزوز wazwaza.2 remuer les fesses en marchant – وزّ wazz oie

 

Le nom de l’oie est un très vieux mot sémitique (DRS 1, p. 12, ’WZ et 6, p. 514, WZ), voire sumérien (Rajki). Les deux items sont évidemment liés, mais il est difficile de savoir lequel des deux est à l’origine de l’autre. Néanmoins, nombre d’animaux étant désignés à partir de leur caractéristique principale, on peut légitimement penser que le nom de l’oie est lié à sa démarche bien particulière. À moins que “! وزّ وزّ wazz wazz !” ne soit tout simplement qu’une vague imitation du cri du volatile, auquel cas ce cri serait à l’origine aussi bien du nom que du verbe.

 

وزى wazā.1 être rassemblé, aggloméré sur un seul point – III. être placé du côté opposé, vis-à-vis d’un autre, etc. – وزًى wazan petit de taille et au corps ramassé ; fort, robuste et agile (âne) – متوازٍ mutawāzin parallèle

زوّ zaww.2 paire, couple, deux

زوى zawā.2 – II. reconduire la mariée chez son mari

 

أزب ’azaba – V. se partager les biens, les richesses

أزح ’azaḥa se contracter, se ramasser ; s’approcher l’un de l’autre

أزّ ’azza joindre une chose à une autre

أزم ’azama s’attacher à qqn et en être inséparable

أزى ’azā être réuni ou ajouté à un autre et compris en un seul ; se contracter, se raccourcir – III. être situé du côté opposé, en face

زاج zāǧa u – V. se marier (homme)

زأى za’ā reconduire la nouvelle mariée chez son mari

زوم √zwmزويم zawīm rassemblé, réuni sur un seul point (choses)

وزأ waza’a serrer fortement une bourse en tassant ce qui est dedans

وزع wazaᶜa diviser, partager

وزم wazama payer, acquitter une dette (= compenser une chose par une autre)

وزن wazana peser qqch sur une balance à deux plateaux (= déterminer le poids d’un objet par rapport à celui d’un autre)

 

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés, auquel cas leur étymon commun serait {’,z}.

 

 

3. Mots pour lesquels nous n’avons pas d’explication

 

زيز zīz.2 espèce d’oignon

زيّ zayy extérieur, aspect, forme ; costume – II. زيّى zayyā revêtir d’une forme, d’un habit

وزى wazā.2 – IV. enduire les murailles (de sa maison) avec de l’argile

 

Remarque : un dénominateur sémantique commun entre ces trois items pourrait être la notion de revêtement, de pelure...

 

 

Notes :

19. Cet item ne figure pas dans le dictionnaire de Kazimirski mais dans Dozy II, p. 798, cité par DRS 6, p. 516.


س – 12 Chapitre du s

 

 

1. Liste alphabétique

 

ساس sāsa être attaqué par les vers ; gouverner un peuple – سيس sayisa être attaqué par les gerces (céréales) – سوس sūs ver – سياسة siyāsa gouvernement ; politique (moderne)

سوى sawā se proposer qqch ; valoir – سوًى sawan intention, dessein – سوًى siwan égalité

سيس sīs jasmin

سيسي sīsī poney – سايس sāyis ou سائس sā’is palefrenier – سياسآء siyāsā’ garrot du cheval ; touffe de la crinière que le cavalier saisit avec la main pour monter à cheval

وسّ wassa payer qqn (surtout d’un bienfait qu’on a reçu)

وسوس waswasa suggérer une action ; murmurer, marmoter

وسي √wsy – III. consoler – IV. raser – موسى mūsā rasoir

ويس ways chose que l’on désire ardemment ; misère, indigence

يسّ yassa aller, partir, s’éloigner

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

سوس sūs ver – ساس sāsa.1 être attaqué par les vers

سيس sayisa être attaqué par les gerces (céréales)

 

Données complémentaires :

 

ساء sā’a – IV. gâter, corrompre, détériorer

أسّ ’assa corrompre, gâter

أسن ’asina être gâté et altéré dans sa couleur et dans son goût (eau)

 

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous inciterait à les considérer comme apparentés ; auquel cas, leur commun étymon serait {’,s}. (Voir B&B, p. 33, étymon nº 11.) Mais il est plus probable que les verbes ساس sāsa et سيس sayisa soient des dénominaux de سوس sūs, certainement un vieux nom primitif.

 

ساس sāsa.2 gouverner un peuple – سياسة siyāsa gouvernement ; politique (moderne)

سيسي sīsī poney – سايس sāyis ou سائس sā’is palefrenier – سياسآء siyāsā’ garrot du cheval ; touffe de la crinière que le cavalier saisit avec la main pour monter à cheval

 

Le mot ساس sāsa.2 doit être un vieux terme d’équitation qui a dû d’abord signifier bien dresser un cheval, bien le guider ou bien le monter. Quant au mot سيسي sīsī, il a de nombreux cognats dans d’autres langues sémitiques : akkadien sisu, hébreu ṣuṣ, syriaque susiya, ougaritique ṣw, phénicien ss. (Rajki). On ne remonte pas plus haut dans son origine mais sa forme qui rappelle celle des adjectifs ethniques laisse supposer un éventuel rapport avec la ville de Sis, ancien nom de la ville de Kozan, en Cilicie, les chevaux – comme nombre d’autres espèces animales – étant souvent désignés d’après leur origine géographique. (Hypothèse personnelle).

 

سوى sawā.1 se proposer qqch – سوًى sawan intention, dessein

وسوس waswasa suggérer une action ; murmurer, marmoter

ويس ways.1 chose que l’on désire ardemment

يسّ yassa aller, partir, s’éloigner

 

Données complémentaires :

 

أس ’as, إس ’is mot dont on se sert pour éloigner les moutons, les brebisأسّ ’assa éloigner les moutons en criant is ! is !

سأ sa’ mot dont se sert pour appeler un âne ou pour le faire marcherسأسأ sa’sa’a appeler ou faire marcher un âne en lui criant sa’! sa’!

سأى sa’ā courir

 

Les items sont probablement issus des cris ci-dessus et semblent sémantiquement apparentés autour de l’idée d’une intention de mouvement vers qqch ; auquel cas, leur commun étymon serait {’,s}.

 

سوى sawā.2 valoir – سوًى siwan égalité

 

En tenant compte de la dérivation sémantique banale donner un coup de sabre > couper en deux > faire des parts égales, il n’est peut-être pas impossible que سوى sawā.2 ait quelque rapport avec سيف sayf.

 

وسّ wassa payer qqn (surtout d’un bienfait qu’on a reçu)

 

Donnée complémentaire :

 

أاس ’āsa donner, faire un présent à qqn ; payer, rétribuer qqn pour qqch

 

La proximité morphosémantique entre les deux racines nous incite à les considérer comme apparentées ; auquel cas, leur commun étymon serait {’,s}.

 

وسي √wsy.1 – III. consoler

 

Données complémentaires :

 

أسي ’asiya être triste, affligé, éprouver de la peine pour qqch

أسف ’asifa être triste, affligé

 

Idem.

 

وسي √wsy.2 – IV. raser – موسى mūsā rasoir

 

Données complémentaires :

 

أسا ’asā soigner et guérir une plaie(20)

ماس māsa raser la tête

 

Kazimirski place موسى mūsā sous les deux entrées ماس māsa et وسي √wsy mais il semble bien que ماس māsa soit un dénominal. L’instrument tranchant appelé موسى mūsā, désigne le rasoir mais c’est aussi l’ancêtre du bistouri, et il a servi autant à raser qu’à inciser et exciser. Voir B&B, p. 33, étymon nº 11 {’,s}.

 

ويس ways.2 misère, indigence

 

Ce nom est clairement issu de l’exclamation وي way, interjection d’étonnement ou de commisération, dont Kazimirski dit qu’elle est apte à recevoir, entre autres, la lettre s.

 

 

3. Mot pour lequel nous n’avons pas d’explication.

 

سيس sīs jasmin

 

Origine obscure, comme pour un grand nombre de termes de botanique.

 

 

Notes :

20. Du sumérien A.ZU, “médecin”, via l’akkadien asû, id. (Rolland 2015).


ش – 13 Chapitre du š

 

 

1. Liste alphabétique

 

شوش √šwš – II. troubler, déranger

شوشاء šawšā’ agile et rapide à la course (chamelle)

شوى šawā rotir

وشوش wašwaša ne donner à qqn que fort peu de choses ; être en désordre, dans la confusion – وشوشة wašwaša paroles confuses, chuchotements – وشواش wašwāš rapide à la course

وشى wašā donner (à une étoffe) un dessin en couleur ; défigurer qqch par des mensonges – IV. prendre un peu de ; tirer qqch petit à petit, tout doucement

يشّ yašša être très gai, se réjouir excessivement

 

 

2. Associations sémantiques, hypothèses étymologiques, commentaires

 

شوش √šwš – II. troubler, déranger

وشوش wašwaša.1 – II. être en désordre, dans la confusion – وشوشة wašwaša paroles confuses, chuchotements

 

Données complémentaires :

 

أشب ’ašiba être mêlé, embrouillé

باش bāša u – II. être mêlé, en confusion, en désordre

بشك bašk mélange

خشب ḫašaba mêler, mélanger (une chose avec une autre)

شاب šāba u mêler, mélanger, brouiller, confondre

شرب šariba – IV. mêler, mélanger

شرج šaraǧa mêler, mélanger l’un avec l’autre

شعشع ša‛ša‛a mêler l’un avec l’autre, mélanger

شفشف šafšafa être mêlé, mélangé avec qqch

شنّ šanna – VI. être mêlé, mélangé

نشّ našša mêler, mélanger

وشج wašaǧa être entrelacé et enchevêtré l’un dans l’autre (racines, branches)

وشع waša‛a mêler, mélanger etc.

 

L’origine des items est clairement onomatopéique. Le phonème š – on le voit dans les données complémentaires – est par ailleurs caractéristique de plusieurs racines dotées du même sémantisme du mélange et de la confusion. On notera tout particulièrement la proximité des items avec les racines وشج wašaǧa et وشع waša‛a.

 

شوى šawā rotir

 

Dans notre article sur la kashkasha(21), nous avons considéré cet item comme une variante de كوى kawā cautériser. Voir plus loin, "22, Chapitre du k", ce que nous disons de كوى kawā.

 

شوشاء šawšā’ agile et rapide à la course (chamelle)

وشواش wašwāš.2 rapide à la course

يشّ yašša être très gai, se réjouir excessivement

 

Données complémentaires :

 

! شأ ša᾽ ! mot dont on se sert, seul ou répété, pour éloigner ou faire marcher

شاء šā᾽a devancer, gagner quelqu’un de vitesse

شأى ša᾽ā devancer quelqu’un, le gagner de vitesse

أشر ’ašira être très vif et très gai

أشّ ’ašša être très vif et pétulant

 

La proximité morphosémantique entre les items et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés et tous issus du cri “! شأ ša᾽ !”

 

وشى wašā.1 donner (à une étoffe) un dessin en couleur ; défigurer qqch par des mensonges

 

Données complémentaires :

 

أشى ’ašā inventer, forger (un mensonge)

أشيه ’ašyah bigarré, bariolé

 

La proximité morphosémantique entre l’item et les données complémentaires nous incite à les considérer comme apparentés ; auquel cas leur étymon serait {’,š}.

 

وشوش wašwaša.3 ne donner à qqn que fort peu de choses

وشى wašā.2 – IV. prendre un peu de ; tirer qqch petit à petit, tout doucement

 

Données complémentaires :

 

شيء ša’y chose – شويّة šuwayya petite chose, peu, un peu

وكت wakt peu de chose, petite quantité

 

Les rapprochements que nous faisons avec les données complémentaires sont plausibles, en tenant compte d’une éventuelle kashkasha pour وكت wakt. Mais nous ne saurions en dire plus. On peut, à la rigueur, imaginer en amont une exclamation “! وش *waš !” disparue et qui aurait signifié Assez ! Ça suffit !

 

 

Notes

21. Voir Bohas et Rolland (Bibliographie)

Commentaires

12.12.2018 03:17

Salah Guemriche

Merci pour ce précieux document.J'en ferai bon usage - et sans vous "piller" comme deux auteurs l'ont fait sans vergogne de mon "Dic. des mots fr d'or arabe", Seuil 2007).Toute ma considération.